Sylviane BARTHE LIBERGE - Problématique alcoolique

21 août 2006

Sensibilisation à la maladie alcoolique

Il y a 1.000 ans, l'alcool était employé comme un antiseptique et un anesthésique. Issu de la langue arabe, il sera  introduit dans notre langue au 17ème siècle sous son orthographe actuelle : Alcool = « ce qui est très subtil ». Mais Al Khol, c'est aussi  le fard, le masque, l’illusionniste, le menteur. Son éthymologie même signe l'ambiguïté...

cocktail

Un peu d'histoire...

Antimoine en poudre ou en liquide, il fût d’abord utilisé comme un fard à paupières pour sa coloration noire : Al Kuh’al (noircir) Al Kah’ala (devenir noir). Il y a 1.000 ans, l’alcool était déjà employé comme antiseptique et anesthésique. Issu de la langue arabe, ce mot Al Khol sera ensuite au 17ème siècle introduit dans son orthographe actuelle, dans notre langue : Alcool, traduction de « ce qui est très subtil ». Tout ceci est très intéressant, car il y a déjà la dualité de son action et de ses effets : physiques (al khol) - le fard, le masque, psychiques (alcool) – l’illusionniste, le menteur.

Dès l’aube de l’humanité, l’homme avait décelé l’action psychotrope de l’alcool, son action anxiolytique et antidépressive . Des 1ers temps datent aussi les 1ers interdits. La célèbre « stèle d’Hammourabi » (roi de Babylone, 17ème siècle av. J.C.) rapporte les interdictions de consommer faites aux prêtresses avant le sacrifice. Au 7ème siècle, Mahomet avait interdit à ses partisans la consommation de substances pouvant nuire à la pureté de l’âme, en particulier le vin, dont il avait pu lui-même constater les ravages à Médine…

L’interrelation avec le christianisme fut tout autre, Jésus Christ l’ayant, lors de la Cène, consacré comme matière eucharistique. Sous l’effet du christianisme, la culture de la vigne va gagner tout le bassin méditerranéen et enfin, l’occupation romaine de la Gaulle introduit, très largement, la vigne en France. Ce n’est que lorsque les Arabes sont arrivés à Poitiers que la culture de la vigne a diminué du fait de l’interdiction religieuse stipulée dans le Coran.

Le commerce des vins, tant en France qu’à l’étranger, a connu un essor considérable. L’Etat y trouve son compte en instituant fiscalités, taxes, impôts sur cette activité florissante depuis Richelieu. Des groupes de pression commencent à exister. Notons un aspect assez spécifique au 19ème siècle : le développement déjà amorcé plus tard de cabarets, bistrots, cafés, qui accompagne la mutation industrielle. On ne se rencontre plus chez soi, mais au café, qui est investi par une microsociété avec des rites propres et des habitudes différentes d’un café à un autre.

C’est vers le milieu de ce siècle qu’apparaît la notion d’alcoolisme/maladie, une consommation journalière et continue de vins et d’alcools forts ayant remplacé la consommation festive (Magnus Huss 1849).

Aujourd’hui, si l’alcool a perdu son sens sacré, il conserve sa valeur symbolique, en effet « fêtes et alcool » ou « virilité et alcool » sont intimement liés. Et que dire du « vin d'honneur » remplacé par le « verre de l'amitié » conservant toutefois sa valeur symbolique : on se rencontre pour échanger… du boire.

Alcool

Les chiffres...

Au niveau de la consommation d’alcool des jeunes de 18 ans et moins, la France (26%) se situe au 3ème rang européen, derrière l’Italie (43%) et le Portugal (33%). Bien que ces jeunes ne boivent pas nécessairement de l’alcool tous les jours et qu’ils ne souffrent pas de problèmes sérieux liés à l’alcool (pour l’instant), approximativement 20% d’entre eux n’en sont pas moins des consommateurs à risque.

En outre, on estime à 5 millions le nombre de personnes ayant des difficultés médicales, psychologiques et sociales liées à leur consommation d’alcool dans notre pays.

Même si la consommation a baissé depuis une 30aine d'années, le Français reste l’un des plus gros consommateurs d'alcool au monde : 15,6 litres d’alcool pur par an et par habitant, soit 173 bouteilles de vin. Et encore, on compte par nombre d'habitants (incluant les enfants...).

alcool1

L’alcool dans l’organisme...

L’alcoolémie est le taux d’alcool dans le sang. Approximativement, il représente la « quantité d’alcool pur ingéré » divisée par le « poids de la personne x 0,7 pour les hommes ou 0,6 pour les femmes » (formule de Widmarck).

L’alcool absorbé passe rapidement dans le sang et le pic d’alcoolémie est atteint au bout d’une ½ heure à jeun et d’1 heure pendant un repas. Les équivalents d’alcool sont les suivants (chaque consommation servie dans le commerce contient entre 8 et 12 g d’alcool pur) : Attention, les verres domestiques sont 2 à 3 fois plus dosés.

Pour une personne de 75 kg qui a bu 1 verre de 10 cl de vin blanc à 12 degrés, 1 verre 10 cl de vin rouge et 1 coupe de champagne, soit 3 verres du commerce donc 30 grammes d’alcool pur, le taux d’alcoolémie va atteindre en moyenne :

\ chez un homme = 0,68 g/l (3 x 10 cl x 12 degrés / 75kg x 0,7)

\ chez une femme = 0,8 g/l (3 x 10 cl x 12 degrés / 75kg x 0,6)

Le coma éthylique peut survenir à partir d’une alcoolémie de 5 g/l.

L’alcool est détruit à 90-95% par les cellules hépatiques. L’alcoolémie baisse de 0,15 g/l et par heure. Et contrairement aux idées reçues, la douche froide, la cuillère d’huile ou autre « truc » ne peut faire baisser le taux d’alcool plus rapidement. C’est un leurre !

Est alcoolique, la personne qui a un taux de gamma GT supérieur à 50 (taux normal entre 11 et 50).

Attention : les traitements contre l’épilepsie peuvent faire augmenter ce taux. Mais ce sont les seuls recensés.

tableau_alcool

Tableau indicatif de teneur d'alcool dans le sang selon le sexe, le poids et l'alcool consommé.

Les consommateurs d'alcool...

On estime la répartition de la population adulte vis-à-vis de l’alcool de la façon suivante :

*              Les non consommateurs (abstinents primaires ou secondaires) : 10% de la population

*              Les consommateurs « modérés » (l’usage d’alcool reste inférieur aux seuils de toxicité définis par l’OMS, en dehors de toute situation à risque) : 65% de la population

*              Les consommateurs en mésusage : 25% de la population

sans dépendance :

Ø  consommateur à risque (usage à risque) : consommation ponctuellement supérieure aux seuils de toxicité mais sans retentissement médical, psychique ou social : 10% de la population. Le risque est ponctuel et situationnel (conduite automobile, travail sur machines dangereuses, femme enceinte...)

Ø  consommateur à problèmes (usage nocif) : consommation régulière, supérieure aux seuils de toxicité avec retentissement médical, psychique et/ou social décelable : 10% de la population. Les effets nocifs sur la santé s'établissent sur le long terme.

avec dépendance (consommateur alcoolo dépendant) : consommation avec perte de maîtrise de la consommation : 5% de la population.


Alcool et dépendance...

L’alcool peut être (sur)investis en tant que substances vitales qu’il faut assurément saisir et ingurgiter, envers et contre tout. Une telle disposition d’esprit peut se manifester avec tant de force répétitive qu’elle finit par éveiller chez la personne, qui y est soumise, un douloureux sentiment de perte de liberté, comme avec n’importe quelle drogue.

La plupart des comportements alcooliques répondent clairement aux critères de l’addiction tant par la consommation avide et irrésistible, que par la répétition, la résolution d’un état de tension intérieure et par sa poursuite malgré ses conséquences physiques, psychologiques, sociales et financières, par ses effets de polarisation (la vie de la personne est entièrement tournée sur l’alcool).

La dépendance à l’alcool est définie par la survenue simultanée pour une personne de 3 points parmi les 7 critères suivants :

§  Tolérance augmentée (tient mieux l’alcool – l’alcoolique titube de plus en plus rarement avec la chronicisation de sa maladie)

§  Symptômes de sevrage (tremblements, anxiété, sudations, irritabilité, épilepsie à l’arrêt de l’alcool)

§  Difficultés à contrôler la quantité d’alcool consommé

§  Préoccupations liées à l’approvisionnement en alcool

§  Désir persistant et infructueux de diminuer ou d’interrompre la consommation

§  Répercussions négatives de l’alcool sur les loisirs et la vie sociale (tout disparaît au profit de l’alcool, et ce malgré les souffrances entraînées)

§  Consommation persistante malgré des problèmes de santé physique ou psychique

C’est une maladie chronique à évolution progressive se présentant par des symptômes tels qu’une envie irrésistible de boire malgré des conséquences fâcheuses sur la vie sociale, affective, professionnelle ou sur la santé. Comme beaucoup d’autres maladies, son évolution est plus ou moins prévisible avec des complications bien décrites dont l’ordre d’apparition est relativement bien défini. Les facteurs influençant l’évolution de l’alcoolo-dépendance, aussi bien génétiques que liés à l’environnement, commencent à être mieux connus.

Est alcoolique celui qui a perdu sa liberté de consommation face à l’alcool. Le choix est implacable : ivresse ou abstinence. Ce qui distingue l’alcoolique du buveur excessif, qui lui utilise l’alcool comme rituel d’intégration, comme anxiolytique ou désinhibiteur. Et qui surtout s’arrête quand il atteint sa « dose » efficace.

L’alcoolisation devient alcoolisme lorsqu’une personne, quel que soit son âge, son sexe ou son niveau socioculturel, se trouve dans l’impossibilité de boire modérément. Au fil du temps, l’alcool recouvre tout, tel un système totalitaire. En ce sens, l’alcoolisme est une maladie existentielle.

Comment et pourquoi devient-on alcoolique ?

D’une façon générale, sont plus fréquemment touchés 3 types de professions :

  1. celles avec un travail pénible, celles avec des efforts physiques importants : dockers, déménageurs, manutentionnaires. D’autres travaux font partie de ce groupe comme le travail en cuisine. La monotonie et le caractère peu valorisant du travail à la chaîne, le rythme élevé des cadences, la nocivité de l’atmosphère de travail sont autant de facteurs évoqués pour expliquer le recours à l’alcool.

  2. celles qui impliquent un contact avec le public.

  3. les professions agricoles (les plus touchées).

Il est indéniable que les enfants des alcooliques ont un risque plus élevé que les autres de devenir alcooliques à leur tour. Mais il est difficile de distinguer l’influence de l’environnement de celle de la transmission génétique de facteurs biologiques prédisposant. Cependant l’impact de certains facteurs d’environnement de l’enfance sur la survenue d’un alcoolisme :

Ø au niveau de l’éducation = attitude soit très tolérante, soit très stricte par rapport à l’alcool

Ø mauvaise cohésion du milieu familial

Ø carences affectives

Ø deuils, séparations

Ø divorces

Ø abandons à l’Assistance Publique

Ø mauvaises relations avec le père

Ces facteurs prédisposent à l’alcoolisme mais ne sont en rien spécifiques de l’alcoolisme.

De plus, il n’existe pas UN Alcoolisme. L’alcoolisation est liée à chaque individu qui, par définition, est unique du fait de son histoire. Cependant, on peut schématiquement regrouper 2 grandes formes d’alcoolisme.

*      Alcoolisme d’habitude ou forme simple d’alcoolisme : observé dans moins de 50% des cas d’alcoolisme masculin en France. Le vin et la bière sont consommés régulièrement et quotidiennement en quantité élevée. La consommation se fait surtout sur le mode « social », sans aucun sentiment de culpabilité.

*     Les alcoolismes névrotiques : moins fréquent chez l’homme, il représente 80 à 85% des cas d’alcoolisme chez la femme. Leur début est précoce, avec une préférence pour les boissons fortement alcoolisées, très rapidement mal supportées. Ces individus n’ont que peu d’attrait pour l’alcool. Ils en éprouvent même parfois du dégoût en les avalant. Leur mode de consommation est discontinu, marqué par des périodes d’absorption importante et séparées par des intervalles libres de plusieurs semaines ou de plusieurs mois. Leur consommation est solitaire, souvent dissimulée ou clandestine. Ils en éprouvent une culpabilité souvent très importante. C’est le cas notamment des femmes pour qui la culpabilité est d’autant plus grande que l’alcoolisme féminin est très mal vécu par la famille et par la société. Des troubles graves et précoces du comportement (épisodes d’agitation, ivresses pathologiques ou troubles mentaux passagers) déterminent souvent des hospitalisations répétées.

Alcool, famille et société...

On oppose la consommation, en France, que l’on a pu dire de type latin (Sud de l’Europe), avec l’alcoolisation, de vin principalement, à tous les repas (consommation continue, avec de rares épisodes d’ébriété, alcoolisme d’entraînement, ou d’habitude, parfois dit de tradition alimentaire), à la consommation de type anglo-saxon et des pays nordiques, intermittentes, limitée aux week-ends et surtout à base d’alcools forts (allure toxicomaniaque).

Le vin est tout particulièrement socialisé en France, symbole de convivialité et associé au savoir vivre (le « savoir boire »). Il existe en effet, des facteurs culturels incitatifs. Avec le Professeur Jean Ades, dans « les conduites alcooliques », on peut dire que les principales dimensions de la mythologie française de l’alcool sont les suivantes :

- Le savoir boire, qui est un facteur nécessaire de la convivialité, donc de l’intégration sociale dans son double aspect d’accession à une identité sociale et pour l’homme, à une certaine reconnaissance sociale de l’identité virile.

- Rôle initiatique au statut d’homme et d’adulte de l’usage de l’alcool, le plus souvent à l’armée ou lors des 1ers contacts avec le milieu professionnel (« le 1er verre et la 1ère cigarette ») Association symbolique travail / « puissance sociale » / alcool. Il y a actuellement, par contre, une augmentation de l’alcoolisme des adolescents.

- Participation de l’alcool à l’intégration au milieu professionnel et à son prolongement sociologique, le « café » (ambiance chaleureuse, complicité virile avec l’homosexualité latente, complicité surtout rencontrée dans le sud de la France).

- Rôle d’intronisation aux rituels sociaux de la fête : d’où, la difficulté de l’abstinence totale, dans le sevrage alcoolique, car l’abstinent se met à l’écart, en refusant l’alcool, des rites sociologiques et s’expose à disqualifier son droit au partage de la fête.

Le comportement du malade alcoolique...

Le déni est souvent lié à la recherche de conformité. Il s’agit d’un déni plus ou moins conscient de la réalité de l’alcoolisme et de ses conséquences. L’alcool aurait l’effet psychique d’empêcher les alcooliques de se percevoir tels qu’ils sont. On parle « d’apsychognosie. » Ce mécanisme de déni peut servir à permettre la poursuite de l’alcoolisation, ressentie comme impossible à modifier. Cela peut également permettre d’éviter la honte, très présente chez les alcooliques.

Le déni peut également s’apparenter à un déni magique, au sens où l’alcoolique affirme sa maîtrise, une position de toute-puissance face à ce persécuteur qu’est l’alcool, ou à l’entourage qui le rejette.

La banalisation et le déni de l’alcoolisme sont des éléments à prendre en compte. Il ne s’agit pas de contester les dires du patient. Il s’agit de défenses importantes, à respecter, défenses nécessaires face à une angoisse et un traumatisme toujours agissants.

Effets_alcool

Les conséquences à longs termes de l’alcoolisme…

Les perturbations chroniques du système nerveux

Dues à  une alcoolisation habituelle mais ne constituant pas encore des maladies bien caractérisées. Avant le stade des affections caractérisées, les boissons alcooliques absorbées de façon habituelle peuvent entraîner des perturbations chroniques du système nerveux, perturbations très variées, plus ou moins profondes et qui s’établissent insidieusement avec le temps :

*      Les perturbations mentales

  L’euphorie permanente : témoin d’un certain affaiblissement psychique, elle s’établit très lentement et progressivement de telle manière que l’entourage, souvent, ne remarque pas cette perturbation. Cette disposition psychique acquise engendre une certaine indifférence vis-à-vis des difficultés personnelles (deuils, maladies, ennuis divers…).

  les troubles caractériels : irritabilité et impulsivité. Responsables de brusques colères à l’occasion de motifs futiles, ils peuvent altérer profondément la vie familiale et professionnelle.

  les troubles de l’humeur : le syndrome dépressif très fréquent, avec parfois un risque de suicide.

  la régression de l’affectivité : désintérêt progressif pour toute activité familiale ou professionnelle, ou un désintérêt vis-à-vis des autres. Renforcement de l’égocentrisme, jalousie développée (voire exacerbée).

  la détérioration intellectuelle : diminution de l’attention, pertes de mémoire, idéation ralentie, apathie, affaiblissement du sens moral…

  les troubles du sommeil : insomnie rare. L’hypersomnie est plus fréquente avec agitation, hypersudation, cauchemars, crampes, fourmillements.

*      Les perturbations d’ordre neurologique

Troubles des réflexes, perturbations des gestes, troubles visuels, défaut d’attention très souvent en cause dans les accidents de la circulation routière ou de travail. Diminution de la douleur…

*      Le coma éthylique

Si l’intoxication est massive, on peut aboutir à un coma avec :

o       des signes neurologiques : coma calme, hypotonique sans signe de localisation.

o     des signes respiratoires : dépression ventilatoire avec encombrement, risque d’anoxie.

o       des signes circulatoires : hypotension artérielle, collapsus

o       une hypothermie.

Le diagnostic sera évoqué devant :

o       la notion d’intoxication alcoolique

o       la mesure de l’alcoolémie.

o       Surtout, le médecin se méfiera d’une autre cause de trouble de la conscience avec des pathologies souvent intriquées chez l’éthylique : hématome sous dural ou extradural, hypoglycémie, hyponatrémie, abcès cérébral, hémorragies méningées, encéphalopathie hépatique ou carentielle, intoxication médicamenteuse.

*      Le delirium tremens : syndrome de sevrage

Il est lié à l’arrêt brutal de l’absorption d’alcool (ce qui arrive fréquemment lors des sevrages, où les patients veulent prouver leur « volonté »). Des symptômes mineurs initiaux peuvent apparaître 6 à 8 heures après la dernière ingestion : instabilité, anxiété, tremblements, nausées. Si le sevrage se poursuit, les troubles se majorent et s’installe le delirium tremens avec : agitation, état confusionnel, hallucinations (zoopsie), tremblement rapide, trouble du sommeil, signes neurovégétatifs (sudation, fièvre, tachycardie, augmentation de la tension artérielle...).

Le traitement doit être mis rapidement en place avec :

o       réhydratation parentérale, correction des troubles électrolytiques.

o       sédatifs.

o       apports plurivitaminés : vitamines B6, B12, nicotinamide PP, avec de fortes doses de thiamine (l’alcool détruisant ces vitamines, l’alcoolique se retrouve donc fortement carencé).

*      L’épilepsie alcoolique

Des crises comitiales surviennent fréquemment chez l’alcoolique, 1ère cause de crise d’épilepsie après 20 ans. Il existe différents types de crise :

o       les crises au cours du sevrage

o       les crises contemporaines d'une intoxication aiguë massive

o    les crises secondaires à un autre antécédent neurologique notamment traumatique

o       les crises survenant au cours d'une encéphalopathie

Enfin, l’alcoolisme chronique peut induire la survenue de crise généralisée tardive. C’est l’épilepsie alcoolique proprement dite.

*      L’encéphalopathie de Wernike

Encéphalopathie carentielle liée à un déficit en thiamine (vitamine B1), 2aire à l’éthylisme chronique à la fois par défaut d’apport (dénutrition), par défaut d’absorption lié aux troubles gastro-intestinaux, défaut de stockage hépatique. Elle peut être favorisée par un apport de glucose important lors d’une réhydratation sans apport en vitamine B1 dans le même temps.

*      Le syndrome de Korsakoff

Il s’agit d’un syndrome clinique associant :

o       une amnésie essentiellement antérograde, sans démence associée.

o       des fabulations

o       des fausses reconnaissances

o       une anosognosie.

L’amnésie domine le tableau avec impossibilité d’enregistrer des faits nouveaux, un oubli à mesure caractéristique, avec une désorientation temporo-spatiale. Par contre, et paradoxalement, la mémoire immédiate est conservée. Les capacités de jugement et de raisonnement sont à peu près conservées. Il ne s’agit pas d’une détérioration globale. L’alcoolique est inconscient de son trouble. Il répond aux questions en fabulant. Les fausses reconnaissances fréquentes sont du même ordre. La vigilance est normale.

*      Pellagre

Il s’agit d’un syndrome carentiel complexe dont la carence en vitamine PP (acide nicotinique) est un facteur essentiel. C’est une complication rare de l’éthylisme chronique favorisée par une dénutrition importante. Le diagnostic est uniquement clinique avec une symptomatologie qui associe :

o       une confusion mentale progressive

o       une rigidité extrapyramidale très importante

o       des signes digestifs : vomissements, mais surtout diarrhée chronique

o       des signes cutanés.

*      Polyneuropathie

Elle est 2aire à un mécanisme mixte de toxicité lié à l’éthylisme chronique et surtout de carence nutritionnelle en particulier polyvitaminique (B1, B2, PP). Elle touche environ 10% des alcooliques.

*      Une atrophie cérébelleuse

Elle concerne surtout l’homme, autour de 50 ans, elle se manifeste par :

o      Des troubles de la marche liés à une atteinte cérébelleuse statique. L’atteinte cinétique est plus discrète.

o      D’installation insidieuse en quelques semaines, favorisée par les périodes de restriction alimentaire. La décompensation peut aussi être brutale favorisée par une infection intercurrente, un syndrome de sevrage.

o      Aux membres supérieurs, l’atteinte est plus discrète. De même la dysarthrie est rare et modérée.

*      Une myélinose centro-pontique

C’est une complication rare de l’alcoolisme en relation avec des désordres hydroélectrolytiques (hyponatrémie) et surtout leur correction trop rapide. Elle correspond à une atteinte de type démyélinisante située dans la protubérance. Les signes cliniques : rire et pleur spasmodique, dysarthrie, dysphonie, astasie-abasie.

*      La maladie de Marchiafava-Bignami

Maladie très rare. Elle touche les hommes éthyliques chroniques entre 30 et 70 ans. Cette maladie correspond aux lésions de démyélinisaton du corps calleux. On observe 2 formes cliniques :

o       une forme aiguë avec coma, crises comitiales, troubles psychiques.

o       une forme chronique : associant une démence progressive, une astasie-abasie, une hypertonie, des signes de dysconnexion interhémisphérique.

*      Les cancers

Cancers des voies aéro-digestives supérieures (bouche, pharynx, larynx, œsophage…), cancers du foie, du pancréas, du sein…

*      La tuberculose pulmonaire

Avec l’avènement des antibiotiques et de la vaccination, cette maladie est devenue peu fréquente mais, actuellement, on constate qu’une grande proportion de malades souffrant d’une forme de tuberculose traînante a parallèlement une atteinte alcoolique chronique. Leur moindre résistance et leur indocilité à suivre un traitement long représentent de façon habituelle les deux éléments expliquant la difficulté de la guérison.

En fin de compte, l’alcoolisme…

La méconnaissance des effets de l’alcool sur l’organisme - et plus précisément la méconnaissance des effets du vin, principale boisson alcoolique consommée en France - représente la cause essentielle du fléau qui depuis près de 2 siècles perpétue ses ravages sur le pays. Pour aller à l’essentiel on peut dire que les données simples, particulièrement utiles à connaître mais restant ignorées d’un très grand nombre de français concernent avant tout :

o       la quantité d’alcool contenu dans le vin et les autres boissons alcooliques

o       les relations entre la quantité d’alcool ingéré et l’alcoolémie

o       les relations entre l’alcoolémie et les perturbations nerveuses et psychiques

o       les conséquences de l’absorption fréquente d’alcool (phénomène de l’accoutumance)

Le suivi alcoologique doit être pluridisciplinaire, prolongé dans le temps et basé sur la confiance réciproque. Il est important de respecter la progressivité dans les moyens utilisés et de faire du patient l’acteur et non le sujet de son rétablissement.

Sylviane LIBERGE

Psychologue clinicienne – Formatrice

Consultante - Conférencière

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20 août 2006

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